First Class 8 Association Nationale de Classe
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First Class8 : deux Demi-Nationaux, deux ambiances

First Class8 : deux Demi-Nationaux, deux ambiances

Il y a des week-ends où la classe navigue sur deux fronts à la fois. Les 8 et 9 mai 2026, pendant que la Méditerranée accueillait le Trophée des Clubs / Demi-National Sud à Bonifacio, la baie de La Rochelle réunissait quant à elle les équipages du Demi-National Nord. Deux plans d’eau, deux atmosphères, un seul monotype : le Class8, fidèle à sa réputation de rassembler les passionnés aux quatre coins de l’Hexagone.

Au Sud : Bonifacio donne le tempo

En Corse, c’est le vent qui a donné le ton. Deux jours, deux ambiances. Une Méditerranée qui change de visage, passant d’un Ouest établi à un Est plus technique, entre 10 et 20 nœuds : le décor parfait pour révéler les tempéraments… et les subtilités de la régate en monotype.

Dès les premiers bords à Santa Manza, une évidence s’impose : Casgiu Merzu est dans son élément. Mené par Stéphane Beaume, le bateau de Mare Vela impose un rythme quasi métronomique. Les manches s’enchaînent, et les places de tête aussi. Sur dix courses disputées, la domination est nette, presque clinique, malgré une manche plus accrochée (5e). Mais en Class8, rien n’est jamais totalement écrit. Il faut tenir, lire, anticiper — et surtout ne pas céder.

Derrière, la lutte est bien réelle. Pé Bunifaziu (Michel Mallaroni) s’accroche avec constance, tout comme Furiosa (Jean-Paul Frigara), toujours dangereux dès que le plan d’eau devient plus instable. Plus loin, Granny-Smith et EVGSP jouent leur partition, entre régularité et coups d’éclat, dans une flotte homogène où chaque erreur se paie immédiatement.

Au classement général après réclamations — avec deux courses retirées — la hiérarchie confirme les impressions du plan d’eau :

  1. Casgiu Merzu
  2. Pé Bunifaziu
  3. Furiosa
  4. Granny-Smith
  5. EVGSP

Zoom sur Casgiu Merzu : l’alchimie d’un équipage

Derrière ce nom qui fleure bon le terroir corse — Casgiu Merzu, célèbre fromage insulaire — se cache un équipage à l’image de la recette : authentique, affirmé… et redoutablement efficace.

À bord, une équipe soudée par les années : Stéphane Beaume, à la barre, entouré de Manuel Sauvaire, Enzo Caprili (remplaçant de Homo Sylvain), Guillaume Struk et Lionel Beaume (dit « Bob »), frère du skipper. Un noyau dur qui navigue ensemble depuis longtemps et dont la complicité se lit dans chaque manœuvre. Ici, pas de gestes superflus, pas d’hésitations : tout est fluide, précis, presque instinctif.

Le secret ? Une maîtrise technique solide et une vraie intelligence collective. Stéphane Beaume impose un tempo juste, toujours à la recherche du bon angle, du bon rythme. Un barreur fin, capable de faire parler le bateau même dans les phases les plus incertaines.

Car Casgiu Merzu n’est pas le plus récent de la flotte. Le bateau accuse les années, mais compense largement par un équipement soigné et parfaitement optimisé. Et surtout, par un équipage qui sait en tirer le meilleur.

À bord, l’ambiance est à l’image du nom : décontractée, presque légère. On échange, on plaisante… mais sans jamais perdre le fil. Car derrière cette décontraction apparente se cache une exigence permanente, une culture de la performance profondément ancrée. Un cocktail qui, ce week-end à Bonifacio, a fait la différence.

Au Nord : La Rochelle sous le signe de l’entraînement

À la même période, sur la baie de La Rochelle, le Demi-National Nord prenait une tout autre couleur. Deux équipages — Vasimolo et Corpus Delictis — avaient fait le déplacement, mais dans un esprit résolument orienté entraînement plutôt que compétition pure. Les conditions très légères n’ont pas vraiment favorisé les grandes joutes tactiques, mais les deux équipages ont profité de ces heures en mer pour naviguer ensemble, affiner leurs réglages et travailler leurs automatismes.

Le dernier jour n’aura finalement pas été navigué. Un orage passant sur la baie a eu raison des velléités de sortie, mettant un terme prématuré à ce rassemblement. Pas de regrets toutefois : l’essentiel était ailleurs, dans ce travail de fond qui se fait loin des classements et des pointages. Une philosophie différente, mais tout aussi légitime — car une saison se prépare autant sur l’eau que dans les têtes.

La vitesse pure à l’épreuve du réel

De retour à Bonifacio, la Ligue Corse de Voile profitait de l’événement pour tester un nouvel outil : la Base de Vitesse sur support habitable. Une première. Une expérimentation grandeur nature, dans des conditions variées, avec des équipages engagés… et quelques limites techniques (les GPS de téléphones relégués au fond des cockpits n’ont pas toujours facilité la tâche).

Résultat ? Un classement… différent.

  • Jean-Louis Milleli (Granny Smith) sur un bord fait à la descente sous le vent
  • Gérald Galofaro (Pé Bonifacio) sur un bord au portant vers la bouée sous le vent
  • Pascal Ambrosini (EVSGP) au portant sur 500m et sur un bord le long de la ligne (1852m)
  • Manuel Sauvaire (Casgiu Merzu) sur un bord le long de la ligne de départ

Un podium qui bouscule la hiérarchie de la régate classique. La leçon est limpide : la vitesse pure ne suffit pas. En régate, la performance est un cocktail. Il y a la vitesse, bien sûr. Mais aussi les choix tactiques, la gestion du plan d’eau, les départs, les trajectoires… et cette capacité à enchaîner sans faute.

Deux week-ends, un même ADN

Ce double rendez-vous de mai aura confirmé ce qui fait la force du Class8 : une classe vivante, capable de proposer des formats différents selon les envies et les besoins de ses équipages. La compétition franche du côté de Bonifacio, le travail collectif et l’entraide du côté de La Rochelle. Deux façons de pratiquer, une même passion.

À noter enfin que le Yacht Club de Bonifacio, organisateur de l’épreuve Sud, sortait tout juste d’une séquence exceptionnelle avec la Swan Cup, épreuve internationale qui, une semaine auparavant, avait offert un spectacle grandiose dans les Bouches de Bonifacio. Une dynamique forte qui confirme la place de Bonifacio comme l’un des hauts lieux de la voile en Méditerranée.

Et au final, une certitude demeure — en mer comme ailleurs :
aller vite, c’est bien. Savoir quand et où aller vite, c’est gagner.